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lundi 17 septembre 2018

Plongeon direct à l'aquarelle

[ par Brigitte Lannaud Levy ]



Entre le défi du mois de juin "Direct watercolors" et le workshop estival animé par Marion Rivolier -familière de cette technique-  j'ai fait un véritable virage à 360 degrés dans ma pratique artistique en laissant pour un temps, graphite et encre aux oubliettes. Familière du dessin préalable au crayon et du "repassage " à la plume,  je suis sortie totalement de ma zone de confort. Comme un plongeon en eau froide pour ne pas dire glacée. Dépaysement garanti pour passer un été de peinture tout en surprises.

 

Compte tenu de la grosse canicule sur Paris, je me suis réfugiée à l'ombre sous la canopée du nouveau forum des Halles. Je n'étais pas du tout convaincue par ce nouvel édifice des architectes Berger et Anziutti qui me fait penser à un chipster géant. Mais ce vaste passage de pas loin de 100 mètres de large offre une spectaculaire percée de lumière et des jeux de reflets magiques à peindre.


A deux pas, c'est dans le jardin nouvellement baptisé Nelson Mandela au pied de l'église Saint Eustache que je croque une élégante jeune Sketcheuse prénommée Caroline. Peindre directement au pinceau impose d'aller à l'essentiel, de ressentir et traduire une énergie en laissant de côté les détails. Il s'agit avant toute chose de se faire violence en oubliant la précision du trait qui habituellement définit les contours pour aborder son sujet au niveau des masses, des plans, des valeurs, de la lumière et du contraste des couleurs. Tout un programme. Il va falloir apprendre à jongler avec tous ces paramètres.


Devant les docks de la Cité de la mode et du design, je vois les nuages noirs arriver au loin. Inconfortablement installée debout sur le pont d'Austerlitz, je sens que le ciel de Paris va se déchirer et qu'une providentielle averse va rafraîchir la capitale. Cela me laisse peu de temps pour saisir ce panorama où l'on distingue au loin les tours de la bibliothèque François Mitterrand. Je fais le choix des couleurs intenses, presque pures et contrastées pour retranscrire en urgence la magie de cet instant juste avant la pluie. Pour prolonger cette expérience unique du pinceau, Marion me conseille la lecture de la peintre Fabienne Verdier "Passagère du silence: dix ans d'initiation en Chine" (Livre de poche). Je l'ai dévoré d'une traite. Maintenant il me reste à poursuivre sur cette voie et résister à la tentation pour ne pas dire "facilité" de reprendre le crayon. Le chemin va être long.

jeudi 8 février 2018

1861-2018, Dubois beaux arts c'est fini.

[ par Brigitte Lannaud-Levy, Marion Rivolier, Claire Archenault ]


©Brigitte Lannaud Levy
Témoignage de Brigitte:
"Depuis 15 ans que je vis dans le Quartier latin à Paris, en remontant la rue Soufflot, inlassablement je lève le nez en l'air vers la jolie enseigne en fer forgé du marchand de couleurs Dubois, affichant fièrement sa date de naissance « Depuis 1861 ». Modogliani, Matisse, Dubuffet, entre autres y achetaient leurs couleurs et tout leur matériel de peinture. Aujourd’hui les artistes du quartier, les élèves des Arts déco à quelques encablures de là, s’y donnent rendez-vous. On les comprend. Pousser la porte de ce magasin de beaux-arts est la promesse pour tout artiste, d’échanges passionnants sur les arts plastiques, les outils, les techniques et la garantie d’achats de qualité. Et pour les autres notamment les touristes c'est un enchantement au charme d'antan.

Marion Rivolier
Le magasin est en soit une véritable œuvre d’art : meubles de métiers en bois ciré, tubes de couleurs variées, arc-en-ciel de pastels, mannequins d’hommes et de chevaux en noyer, modèles de plâtre, chevalets artisanaux, cadres anciens... Un véritable cabinet de curiosité, une œuvre d’art en soit que Marion Rivolier a su saisir sur le vif.

© Brigitte Lannaud Levy

Et puis patatras, la mauvaise nouvelle est tombée comme la foudre sur une maison. Affichée en lettre or sur fond rouge sur la vitrine: liquidation totale, fermeture définitive. C'est une onde de choc dans le quartier. L'illustre maison Dubois transmise par Robert Dubois à son fils Guy puis ses petits fils Yves et Éric, va fermer ses portes faute de repreneur. Le 20 janvier 2018 pelle devient une quelconque boutique de fringues. Encore une. Ni une ni deux pour rendre hommage à cette enseigne mythique, je propose à Eric maître des lieux et son épouse Brigitte que nous venions avec deux sketcheuses parisiennes : Marion Rivolier et Claire Archenault . Nous immortaliserons l'intérieur en couleurs. L’exiguïté du lieu et l’affluence liée à la liquidation ne nous permettent pas malheureusement d’élargir la rencontre à d’autres dessinateurs".

© Brigitte Lannaud Levy 
Témoignage de Marion Rivolier:
"J'ai pas mal fréquenté Dubois, il y a 22 ans; alors étudiante aux Arts Déco. J'y aimais les odeurs, les couleurs et l'ambiance, un peu surannée.
Cela m'a fait un petit pincement au cœur de voir fermer ce magasin mythique pour les artistes professionnels ou amateurs. On est tous passés un jour ou l'autre chez Dubois pour acheter un simple crayon ou une superbe boîte d'aquarelle! Via les réseaux sociaux, j'ai reçu plein de messages d'amis du monde entier qui se désolent de ne plus pouvoir y découvrir des trésors".

© Marion Rivolier
"Au sous-sol, c'est l'antre de Patrick qui s'occupe de la PAO et des encadrements, il manie le massicot (avec tranchoir à l'ancienne) avec une grande dextérité."


©Brigitte Lannaud Levy
Témoignage de Claire Archenault
"Quand Brigitte m’a proposé de venir immortaliser le magasin Dubois avant fermeture définitive je venais de fabriquer un nouveau carnet... pas encore relié, avec papier pur chiffon . Je me suis laissée enjôlée par la beauté du lieu, les marques de couleurs mythiques pour les peintres, et le monde secret de ces magasins très spécialisés
Du cheval articulé en différents bois , dont loupe et bois dur (ébène?), les sacs de cuir pour artistes ( j'imaginais les peintres de plein air du siècle dernier, avec ces sacs en bandoulière) et la présence joyeuse de Patrick l' artisan , faisant ses dernières découpes sur cette cisaille Dubreuil, très bel outil, et surtout cette magnifique personne qui dans son dernier jour , travaillé dans l'entreprise, faisait comme d'habitude.
Une émotion, 2 croquis".

© Claire Archenault

© Claire Archenault

Brigitte : "Voilà Dubois c’est fini. L’enseigne a été décrochée, désarticulée et repose désormais au sous-sol du magasin, posée à terre au pied des chevalets. En attendant de suivre les frères Dubois dans leur retraite bien méritée. Merci à eux et à toute l'équipe Brigitte, Patrick, Laurent, Véronique pour leur accueil et leur générosité. Et bon vent pour leurs prochains projets qu'on leur souhaite de rester hauts en couleurs".

                                                                      © Brigitte Lannaud Levy 

samedi 11 novembre 2017

Un 57ème SketchCrawl parisien entre deux rives

[ par Urban Sketchers Paris ]


[Annick Botrel]
Dimanche 22 octobre dernier, c'est sur la très graphique passerelle Debilly dans le 16ème arrondissement que les Urban Sketchers parisiens se sont retrouvés pour le 57ème SketchCrawl qui s'est déroulé entre deux rives et entre deux pluies. Ce pont en arc d'acier pour piétons et vélos traverse la Seine et relie l'avenue de New-York au quai Branly. Ce qui permettra aux dessinateurs d'aller du musée d'Art Moderne situé sur la rive droite au Musée du Quai Branly côté Rive gauche, en quelques foulées seulement.


Parmi les tous premiers dessinateurs à se retrouver au petit matin à la fraîche, nous avons la joie d'accueillir Kiah Kiean Ch'ng, dit KK, célèbre artiste malaisien accompagné de sketchers venus de Dublin, Londres, Bruxelles et Malte. Voilà une rencontre toute parisienne qui prend des couleurs internationales.
[Kiah Kiean Ch'ng]

Construite sur une charpente métallique, la passerelle Debilly se fait l'écho d'un autre ouvrage lui aussi métallique mais bien plus imposant que l'on aperçoit au loin. C'est notre véritable fierté nationale que l'on ne présente plus. Equipé de son fameux twig (brindille de bois de jasmin) et de son encre de chine utilisée à sec, Kiah Kiean Ch'ng traduit sa vision toute en sensibilité de l'imposante dame de fer. Sous la souplesse de son trait, elle en devient légère et aérienne.

 
[Agnes Selles]
C'est au pied de la passerelle Debilly que certains trouveront l'inspiration entre les bateaux et les quais jonchés de feuilles d'automne. Et d'autres très avisés se mettront à l'abri des quelques averses sous les ponts ou dans les Musées voisins bien au chaud pour dessiner.

[Oludotun Fashoyin]

[Monique Jarrier]

La journée se termine rive droite côté Musée du quai Branly pour le traditionnel drink and draw qui clôt le Sketchcrawl. Une sorte de battle de dessins s'enclenche juste avant la fermeture du café.

 
[ KK, Savath et Ray sous le pinceau de Marion Rivolier]

[KK, Savath, Ray croqués par Marion] 




















Pour la photo finale, une poignée des nombreux participants qui sont venus au fils des heures dessiner Paris au fil de l'eau prennent la pose avec leurs réalisations. Ce fût une bien belle journée animée par toute la chaleur de ces dessinateurs venus d'ailleurs. Merci à KK, Emma, Tania, Ray, Barbara, Kim et tous les Urbansketchers parisiens réunis autour d'eux.

vendredi 21 juillet 2017

Le Palais de justice de Paris bientôt aux Batignolles

[ par Brigitte Lannaud Levy ]



Encore un dessin au Palais de justice de Paris, me direz vous. Et oui, mais considérant que ce sont les derniers mois où nous pourrons y dessiner avant le déménagement aux Batignolles, ma tentation d'immortaliser ses salles majestueuses est plus forte. Armée de mon grand carnet de Moleskine, de mon aquarelle et mes pinceaux, je pénètre dans la 23em chambre, celle des comparutions immédiates du tribunal correctionnel. Gentlemen, les gendarmes vont ranger leur arsenal anti-terrorisme pour m'installer confortablement avec tout mon matériel dans le box de presse. Et heureusement car les bancs du publics sont archi bondés.

Il fait si chaud, plus de trente degrés en ce début d'été, que les assesseurs remontent les manches de leurs lourdes et épaisses robes noires. Ce qui leur donne une drôle d'allure, amusante à croquer. La tapisserie haute en couleurs, contraste avec le côté sordide des affaires jugées. Il s'agit dans ce type d'audience du tout venant de la délinquance ordinaire: drogue, vols, agressions sexuelles...


Le procureur présente l'air sévère, ses réquisitions avant que les avocats prennent la parole pour défendre leurs clients. En contre jour, baigné d'une lumière écrasante, il semble encore plus impressionnant. C'est souvent lui qui endosse le rôle du "méchant", en demandant la peine qu'il estime la plus juste mais qui apparait comme bien sévère sauf pour les victimes.

Face à lui, un très jeune garçon dans le box des accusés est totalement dépassé par la situation. La victime a déclaré que son agresseur de couleur portait un tee-shirt où il était inscrit " Dormir pour les riches". Lui nie farouchement que c'est lui. Jugé immédiatement après sa garde à vue, il arbore sur son torse cette pièce à conviction avec beaucoup d'embarras. Et si pourtant ce n'était pas lui?