samedi 24 février 2018

Sketch Tour Portugal, un événement USK qui a débuté il y a presque un an

[ par Marion Rivolier et João Moreno ]



Il y a bientôt un an, le Sketch Tour Portugal a débuté à Fatima avec 4 incroyables sketchers : Eduardo Bajzek, Rob Sketcherman, Kasia Szybka et Fernanda Lamelas. Ils ont dessiné parmi des milliers de pèlerins lors de la célébration du centenaire de l'apparition de la Vierge.
Jusqu'à fin mars 2018,  22 Urban Sketchers de différentes nationalités ont été invités à visiter le Portugal et à partager leurs dessins et leurs talents, faisant connaître le pays sous un angle différent.

J'ai eu la chance de découvrir l'Alentejo avec João Moreno du 9 au 14 février. Nous avons fait quasiment 1000 kms, visité une dizaines de villes, terminé deux carnets Laloran, commencé un troisième, fait une soixantaine de dessins, passé des heures dans le vent froid, exploré des castelo, remparts et églises à n'en plus finir et mangé 3 Bacalhau à Braz,1 Espargos selvagens, 4 Cação com migas et 3 Bochechas de porco...


Premiers pas dans les rues d’Evora. Le temps est couvert, la lumière décline, les façades des bâtiments ont peu de relief. La place Do Giraldo ne nous intéresse pas. Nous nous dirigeons directement vers la cathédrale. João décide de la dessiner alors que je préfère une vue sur la ville et la plaine depuis le belvédère un peu plus loin. Le soleil se couche, le ciel est rose et gris. Je décide d’éprouver les limites du papier du carnet. Je commence par le ciel en mouillant généreusement le papier. Les couleurs de fondent et de mélangent. Pas facile à gérer ce papier mais on va l’apprivoiser.


Très rapidement, c’est la nuit noire. Je m’attaque au temple de Diane (temple romain): je m’intéresse au fort contraste entre la nuit, les ombres et les lumières sur les colonnes. Qu’est-ce que l’on voit, qu’est-ce-que l’on devine? Qu’est ce que je vois de ce que je suis en train de peindre? C’est peut-être un début de piste du focus que je me donne...
A creuser.


Troisième jour, départ pour le village de Monsaraz. On s’arrête à Alqueva, le plus grand lac artificiel d’Europe. Il a recouvert un village entier. Le ciel est gris, les nuages s’amoncellent en couches successives. Le lac est quasi blanc. Nous passons un peu de temps à travailler notre gamme de gris colorés et profitons de quelques percées fugaces de soleil. Nous en aurons peu au cours de la journée.


Nous roulons jusqu’à Elvas.
Enfin un peu de soleil et de lumière. Nous travaillons une vue panoramique de l’aqueduc à contre-jour. C’est très graphique. Le ciel gris violacé accentue le contraste des arches.
Nous déambulons dans les rues, c’est Carnaval. Ambiance musique brésilienne et confettis.
La cathédrale est belle mais nous ne la dessinons pas car la lumière est plate. Nous cherchons du relief et du contraste!


Cinquième jour, départ pour Marvao. Après un déjeuner rapide au café Natural, nous parcourons le village dans sa longueur. Plusieurs points de vue sont superbes, avec vue sur la vallée et le ciel tourmenté. Je commence par une aquarelle du Castelo, de la falaise et de la plaine embrumée au lointain. C’est vertigineux. Le vent glacial m’oblige à travailler plus vite.
Nous devons abandonner. Il fait trop froid.


Le prochain dessin se fait depuis la voiture: un vue panoramique de Marvao et son rempart. La lumière s’en va, je travaille une gamme de gris colorés plutôt chauds.

Un très grand merci à Mário Linhares pour son invitation et son travail extraordinaire pour Usk et pour faire découvrir le Portugal ainsi qu'au Tourisme du Portugal.

mardi 20 février 2018

Don Colley invite Urban Sketchers Paris à dessiner à l'Opéra!

[ par Urban Sketchers Paris ]



Pour Urban Sketchers Paris, le mercredi 7 février était un jour exceptionnel à plusieurs titres :
> 12 cm de neige sont tombés la veille sur Paris. Les rues sont quasiment impraticables, nos pieds sont trempés et nous grelottons de froid.
> un artiste exceptionnel, Don Colley, venu de Chicago a invité le groupe Urban Sketchers Paris à dessiner dans l'Opéra Garnier.
> Don, adepte des feutres Faber-Castell nous fait une démonstration des larges possibilités de cet outil. Nous remercions vivement Alexandra et le groupe Faber-Castell de nous avoir offert, à chacun, une boîte de feutres Pitt - Earth Tones et les classiques, Pitt, artist pens black.


Vous découvrez ci-dessus, les dessins de Don, faits pendant la séance à l'Opéra. On reconnait Joel, Claire ou Hélène. Don est très généreux, il nous a montré comment utiliser les feutres et surtout les pousser à leur limite (en mouillant, tamponnant, frottant ou essuyant...). Il est le seul, je crois, à avoir eu le courage de dessiner une vue extérieure de l'Opéra sous la neige. Bon, à Chicago, il a l'habitude, il fait très froid l'hiver ((-;


Au chaud, à l'intérieur de l'Opéra Garnier, nous sommes tous agglutiné autour de Don, passionnés par ce qu'il nous raconte, in English, of course!


Bénédicte Klène ou Marion Rivolier capturent l'attention des participants du jour. Don sort de plus en plus de carnets, étale ses feutres, trousses et crayons. Il est intarissable sur le plaisir de dessiner!


Après trois heures de discussions et de dessins, nous nous retrouvons pour la photo finale sur le grand escalier de l'Opéra. Certains d'entre-nous partiront boire un chocolat chaud avec Don au café d'en face. La suite des dessins au prochain épisode...
Un très grand merci à Don Colley pour sa générosité et sa gentillesse.
Nous avons hâte de te revoir!

vendredi 16 février 2018

Les inscriptions au Symposium à Porto ouvrent samedi 17 février à 15H GMT !

[ par Urban Sketchers Paris ]



Ne manquez pas les inscriptions au 9ème Symposium des Urban Sketchers à Porto, elles ouvrent samedi 17 février à 15H GMT!
Préparez-vous car les places partent très vite!
Tout est expliqué sur le blog Urban Sketchers.
Et voici la liste et le contenu des workshops. Marion Rivolier du groupe Urban Sketchers Paris a la chance d'avoir été sélectionnée pour y donner un workshop.
Retrouvons-nous à Porto en juillet!


lundi 12 février 2018

Commerces et commerçants du 17ème arrondissement

[ par Mat Let ]




Bigoudi
Avec le collectif Croqueurs Exquis dont je fais partie, il nous a été proposé d'exposer dans un centre d'animation du 17ème arrondissement.
Je devais donc croquer ce quartier, mais je ne savais pas trop par quel biais l'aborder, car je le connais peu et je n'étais pas au prime abord franchement inspiré par son ambiance.
Et puis je suis passé devant "Bigoudi Coiffure" et cette vitrine un peu surannée m'a immédiatement attiré. C'est ce genre de lieu, qui est là depuis toujours, que l'on oublie un peu, mais qui semble être un vrai point de repère du quartier.
Mon croquis terminé, je rentre dans la boutique pour montrer le résultat à la patronne. L'ambiance est plutôt salon de thé que salon de coiffure, des habituées étant là depuis plusieurs heures semble-t-il à papoter. D'emblée, Bigoudi (son surnom) me propose un café, qu'elle va chercher dans le bar d'à côté.
Et puis elle me raconte sans se faire prier son installation dans le quartier il y a 47 ans, les années fastes et la baisse de l'activité ces dernières années, qui ne l'inquiète pas plus que ça car elle travaille aujourd'hui plus pour le plaisir qu'autre chose. Entre temps, elle salue des passants ("et comment va la petite ?") puis commence à coiffer un jeune client qu'elle semble bien connaître. Elle lui donne des conseils, sur la vie, son travail, en femme d'expérience, qui a tout vu, tout su depuis plus de quarante ans qu'elle veille sur la tête des gens.
Moi dans mon coin, je la croque avec bonheur. Mon instinct ne m'a pas trompé, Bigoudi est bien la mémoire du quartier. On pourrait écrire un livre entier ici... ou plutôt un roman graphique !



Chopra
Cette droguerie m'a sauté aux yeux à mon premier passage rue de Saussure. Dans une vie de Parisien, la droguerie c'est l'endroit où l'on trouve le truc qui va nous sauver la vie (vinaigre blanc, sacs à aspirateur, nouvelle chasse d'eau...) sans avoir à faire des kilomètres pour aller chez Castorama.
Je m'installe donc sous la lumière changeante d'une fin de journée pour croquer d'abord la belle enseigne à l'ancienne, puis les entassements de balais et d'escabeaux qui encombrent le trottoir. Derrière la vitrine, des milliers de produits improbables attendant le client providentiel.
Puis je rentre, à la rencontre du gérant. Chopra (c'est en fait le nom de sa boutique) est né en Inde et il est arrivé en France dans les années 70. Pour lui, à l'époque l'Inde n'investissait pas dans l'éducation et il en a souffert, alors il a travaillé d'arrache-pied pour pouvoir offrir un avenir à ses trois filles. Aujourd'hui, il est rassuré, elles ont toutes fait de belles études et ont "une situation".
Pour Chopra, le savoir est la chose la plus importante car c'est la seule qui nous appartient vraiment, que personne ne peut nous voler.
Pendant que nous discutons - et que je le dessine - des clients entrent avec des demandes plus ou moins saugrenues (de l'anti-mites, un étendoir, de l'encens...). Tout est là. Chopra est toujours d'une politesse et d'une amabilité sans faille. Quand une cliente pose à un moment un produit sur mon aquarelle en train de sécher, il la réprimande gentiment et sauve mon dessin de la catastrophe.
La retraite ? Pas tout de suite, quand on aime son travail, on n'a pas envie de s'arrêter. Mais il pourrait, il a 75 ans ! A croire qu'il a trouvé parmi le capharnaüm (bien organisé) de son commerce le secret de la longévité !


Mariam
J'ai dû mettre les pieds dans un pressing deux fois dans ma vie, mais celui-là m'a plu tout de suite, dans son côté brut, avec les poubelles et les vélos devant. Et puis aussi par la chaleur qui semblait y régner par cet après-midi frisquet.
Je m'installe pour croquer. J'aperçois par la vitrine le ballet des clients et aussi les grands mouvement du fil suspendu du fer à repasser tandis que défilent sans arrêt sur la table chemises et robes.
Au bout d'une heure, croquis fini, je pénètre dans le commerce. Je suis gelé.
Mariam, qui travaille là, m'avait repéré et se demandait ce que je pouvais bien être en train de faire. Elle est un peu méfiante, mais elle aime mon dessin, avec tout ses détails et même elle en train de travailler !
Quand je lui demande si je peux la dessiner, elle me dit d'abord non. Elle ne peut pas s'arrêter de travailler et son patron va sûrement bientôt arriver, ça ferait un peu tâche s'il la trouvait en train de poser.
Nous continuons de discuter. Elle travaille ici depuis 2006, elle a commencé en apprentissage. Elle aime bien le boulot, même si c'est fatiguant et qu'elle a plus d'une heure de transport pour venir. Un jour, oui, elle aimerait bien avoir son propre pressing, mais ce n'est pas pour tout de suite !
Elle finit par accepter que je la dessine, à condition qu'elle puisse continuer à travailler. Pas de problème pour moi ! Enfin si, mais je me débrouille comme je peux !
Au final, elle est contente du dessin, malgré un petit doute - partagé - sur les proportions de son nez.
Quand je quitte Mariam, elle est en train de jongler entre le repassage et les allers et venues des clients. Heureusement, il ne lui reste plus qu'une heure de travail avant la fin du service. Et moi une demi-heure pour rentrer à pied chez moi, dans le 18ème voisin où j'ai bien envie de continuer à aller à la rencontre des commerçants !

jeudi 8 février 2018

1861-2018, Dubois beaux arts c'est fini.

[ par Brigitte Lannaud-Levy, Marion Rivolier, Claire Archenault ]


©Brigitte Lannaud Levy
Témoignage de Brigitte:
"Depuis 15 ans que je vis dans le Quartier latin à Paris, en remontant la rue Soufflot, inlassablement je lève le nez en l'air vers la jolie enseigne en fer forgé du marchand de couleurs Dubois, affichant fièrement sa date de naissance « Depuis 1861 ». Modogliani, Matisse, Dubuffet, entre autres y achetaient leurs couleurs et tout leur matériel de peinture. Aujourd’hui les artistes du quartier, les élèves des Arts déco à quelques encablures de là, s’y donnent rendez-vous. On les comprend. Pousser la porte de ce magasin de beaux-arts est la promesse pour tout artiste, d’échanges passionnants sur les arts plastiques, les outils, les techniques et la garantie d’achats de qualité. Et pour les autres notamment les touristes c'est un enchantement au charme d'antan.

Marion Rivolier
Le magasin est en soit une véritable œuvre d’art : meubles de métiers en bois ciré, tubes de couleurs variées, arc-en-ciel de pastels, mannequins d’hommes et de chevaux en noyer, modèles de plâtre, chevalets artisanaux, cadres anciens... Un véritable cabinet de curiosité, une œuvre d’art en soit que Marion Rivolier a su saisir sur le vif.

© Brigitte Lannaud Levy

Et puis patatras, la mauvaise nouvelle est tombée comme la foudre sur une maison. Affichée en lettre or sur fond rouge sur la vitrine: liquidation totale, fermeture définitive. C'est une onde de choc dans le quartier. L'illustre maison Dubois transmise par Robert Dubois à son fils Guy puis ses petits fils Yves et Éric, va fermer ses portes faute de repreneur. Le 20 janvier 2018 pelle devient une quelconque boutique de fringues. Encore une. Ni une ni deux pour rendre hommage à cette enseigne mythique, je propose à Eric maître des lieux et son épouse Brigitte que nous venions avec deux sketcheuses parisiennes : Marion Rivolier et Claire Archenault . Nous immortaliserons l'intérieur en couleurs. L’exiguïté du lieu et l’affluence liée à la liquidation ne nous permettent pas malheureusement d’élargir la rencontre à d’autres dessinateurs".

© Brigitte Lannaud Levy 
Témoignage de Marion Rivolier:
"J'ai pas mal fréquenté Dubois, il y a 22 ans; alors étudiante aux Arts Déco. J'y aimais les odeurs, les couleurs et l'ambiance, un peu surannée.
Cela m'a fait un petit pincement au cœur de voir fermer ce magasin mythique pour les artistes professionnels ou amateurs. On est tous passés un jour ou l'autre chez Dubois pour acheter un simple crayon ou une superbe boîte d'aquarelle! Via les réseaux sociaux, j'ai reçu plein de messages d'amis du monde entier qui se désolent de ne plus pouvoir y découvrir des trésors".

© Marion Rivolier
"Au sous-sol, c'est l'antre de Patrick qui s'occupe de la PAO et des encadrements, il manie le massicot (avec tranchoir à l'ancienne) avec une grande dextérité."


©Brigitte Lannaud Levy
Témoignage de Claire Archenault
"Quand Brigitte m’a proposé de venir immortaliser le magasin Dubois avant fermeture définitive je venais de fabriquer un nouveau carnet... pas encore relié, avec papier pur chiffon . Je me suis laissée enjôlée par la beauté du lieu, les marques de couleurs mythiques pour les peintres, et le monde secret de ces magasins très spécialisés
Du cheval articulé en différents bois , dont loupe et bois dur (ébène?), les sacs de cuir pour artistes ( j'imaginais les peintres de plein air du siècle dernier, avec ces sacs en bandoulière) et la présence joyeuse de Patrick l' artisan , faisant ses dernières découpes sur cette cisaille Dubreuil, très bel outil, et surtout cette magnifique personne qui dans son dernier jour , travaillé dans l'entreprise, faisait comme d'habitude.
Une émotion, 2 croquis".

© Claire Archenault

© Claire Archenault

Brigitte : "Voilà Dubois c’est fini. L’enseigne a été décrochée, désarticulée et repose désormais au sous-sol du magasin, posée à terre au pied des chevalets. En attendant de suivre les frères Dubois dans leur retraite bien méritée. Merci à eux et à toute l'équipe Brigitte, Patrick, Laurent, Véronique pour leur accueil et leur générosité. Et bon vent pour leurs prochains projets qu'on leur souhaite de rester hauts en couleurs".

                                                                      © Brigitte Lannaud Levy