dimanche 7 juillet 2013

Le noir est une couleur

Drancy, Stalingrad-Salengro ; violet de mars, noir, vert de chrome

«  Le noir, une non-couleur ? Où avez-vous encore pris cela ? Le noir, mais c'est la reine des couleurs ! » (Renoir dans Ambroise Vollard, En écoutant Renoir)

Les artistes n’ont pas toujours l’esprit scientifique, notons que ce n’est pas ce qu’on leur demande, d’autant plus qu’une théorie vraie, mais mal sentie, ne produira que des démonstrations ; tandis que des mensonges et des légendes qui plaisent à l’intelligence ont inspiré des fresques entières. Ainsi des opinions contradictoires ont cours sur le noir, elles s’échangent dans les ateliers depuis au moins les impressionnistes. Renoir lui-même, l’inventeur des ombres bleues avec Monet, s’amusait d’un professeur des Beaux-Arts qui au début de sa carrière s’indignaient de ses élèves impressionnistes qui n’utilisaient pas le noir, pour finir sa carrière en  interdisant le noir, une fois que les impressionnistes eurent conquis le marché (Vollard, op. cit.). Renoir ou Monet étaient d’autant moins dogmatiques que leur aîné, Manet, a ramené d’Espagne une pleine caisse de noirs dans sa première manière. Mais qu’en est-il en réalité ? Kim signale un excellent article plus actuel qui fait un point précis et documenté pour sortir des croyances :  Will Kemp, Are these 3 black paint myths holding you back?

Impressionné par un portrait avec seulement du noir et du violet de mars dans l’article ci-dessus, j’ai essayé à l’aquarelle (avec aussi du vert de chrome, car il y avait de la végétation). La réalisation est évidemment beaucoup plus brouillonne, mais on notera que les couleurs se combinent en gardant de la modulation de tons, tout en en marquant bien les contrastes. Il est possible de bien utiliser le noir. Il est aussi possible de mal l’utiliser. Ci-dessous, un ratage que je voudrais éviter. Je suis parti avec trop de couleurs trop pures, bleu du ciel, vert des arbres, et trop de rouge pour de la rouille et des cailloux. Il ne manquait plus que le jaune du soleil et du mauve parce que c’est beau, comme un dessin d’enfant. Pour rattraper ces taches qui ne faisaient plus image, j’ai utiliser du noir, en traits, en mélanges, on peut lire le sujet, mais les couleurs sont écrasées, plus rien ne module.

En souhaitant décomplexer ceux qui s’interdisaient le noir par croyance et qui en avait le goût, je vous souhaite de joyeuses expériences et des ratages instructifs.

Clichy-la-Garenne, le jardin des impressionnistes, vue au fond

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