mardi 23 mai 2017

À Paris, procès de braqueurs-djihadistes

[ par Brigitte Lannaud Levy ]



En ce début d'année, j'ai eu la chance de bénéficier d'une accréditation de dessinatrice pour le procès de quatre hommes jugés devant la cour d'assises spéciales de Paris pour braquage et djihadisme. J'ai pu ainsi dessiner ces audiences sous haute tension dans des conditions optimales. Installée dans le carré réservé aux journalistes, juste en face du box des détenus, armée de mon grand carnet de Moleskine 21x29, j'ai saisi sur une double page cette impressionnante salle Voltaire située dans le vestibule de Harlay du Palais de justice.


L'un des accusés, supposé schizophrène, les yeux dans le vagues, comparaissait libre. Il semble avoir été entrainé malgré lui dans cette terrifiante affaire et se montre accablé par les charges qui pèsent sur lui. Il risque de partir en détention de longue durée à l'issue du procès. L'autre, dans le box est un ancien braqueur radicalisé en prison, c'est lui le chef de gang. Refusant de s'expliquer, il est resté muré et prostré dans son silence. Seules les écoutes téléphoniques retranscrites nous permettront d'entendre sa voix et ses funestes intentions. La salle tremble des projets de tuerie qui sont les siens et dans lesquels ils voulaient entraîner ses acolytes.


Le Président de la cour mène les débats avec une grande maîtrise et beaucoup de clarté dans l'exposé des faits. La haine des accusés pour l'occident est telle qu'ils souhaitaient braquer un "butin halal" dans un bureau de poste pour financer le terrorisme et assassiner à l'arme de guerre des "coufards" ou mécréants, plus particulièrement des enfants comme l'avait fait leur idole Mohamed Merah en mars 2012. Terrifiant. Mon crayon en tremble.


Dernier jour d'audience, je change de point de vue et me place dans le public pour saisir la cour de face. Celle-ci est composée uniquement de magistrats. C'est toujours le cas dans le cadre d'affaires liées au terrorisme. Je change de support et dessine à l'encre sur une planche de papier lisse bookbinders design. Je sors accablée de cette semaine éprouvante de procès. Ces terroristes là, ont été arrêtés et condamnés à temps avant leur passage à l'acte, mais qu'en est-il des autres restés dans l'ombre?...glaçant.

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